Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
herveloy....

ECRITURE "Vent de lettres"

Publicité

L'APPEL DE LA RUE

_ Je suis devant cette feuille blanche depuis un long moment déjà.

Je me bats avec les mots, avec lesquels je dois écrire un texte. Ces mots sont là devant moi, écrits, sur un morceau de papier, je les ai pourtant en tête mais je les lis, je les relis, je m’interroge ?

« Cerise » pourquoi cerise ? Pomme poire ou tout autre fruit sont aussi judicieux.

Je me pose des questions, je réfléchis rien ne me vient à l’esprit.

Je suis là à me prélasser, je laisse ma pensée vagabonder, j’irai jusqu'à dire divaguer. Un vrai bonheur, Que du bien être.

-Je suis assis à table, sur la terrasse, face à la rue où il n’y a pas âme qui vit.

Je me laisse aller, je ferme les yeux, mon imagination me transporte dans un monde de chimères. Tout me semble irréel, une étrange torpeur m’envahit.

Je suis envoyé dans un milieu, jusqu’à ce jour inconnu pour moi.

J’ai l’impression d’être dans un état second, en état de somnolence et comme par enchantement, je suis en haut d’un très Vieil escalier de pierres, assis sur un banc de bois. Je domine une place commerçante une de ces places à l’allure moyenâgeuse comme celles que l’on peut voir dans les vieilles villes ou dans ces magnifiques bouquins d’histoires médiévales.

Elle me semble trop éclairée, pour être à cette époque, la lumière est bizarre, presque surnaturelle.

Latéralement à ce site, j’entraperçois une ruelle sombre, plongée dans un brouillard cotonneux, un drôle d’endroit.

Cela me donne l’impression d’être au théâtre, cependant sur scène, on y joue deux pièces à la fois.

Sur le coté le plus éclairé se déroule une comédie burlesque, de l’autre dans l’obscurité un nanar, une dramatique, un mauvais film tiré d’un thriller, rien n’y

Semble net.

Dans ce morne songe une chose m’obsède !

Une cerise, mais que vient faire la cette cerise ?

Je suis donc la sur mon promontoire à réfléchir, à observer la scène de ce drôle de théâtre, sans m’attarder sur le décor de cette extravagante pantomime, on y voit que boutiques ou étals bien garnis on y devine l’opulence, la richesse ce lieu n’est fréquenté que par des femmes guindées, enguirlandées comme des sapins de noël. Elles déambulent aux bras de messieurs droits comme des i, plus riches les uns que les autres. Ces gentes dames rient à gorges déployées mais avec des rires forcés, accentués comme pour se donner un genre supérieur. Elles gloussent comme des dindes tout en faisant tressauter leurs rivières de diamants à qui aura la plus grosse. Elles affichent sans scrupule, ni regret qu’elles appartiennent à la haute bourgeoisie ou aristocratie peu importe le nom, car elles jettent les mêmes regards méprisants envers les gens qui ne font pas parties de leur monde. Quelle triste interprétation de la vie. Peu m’importe laissons là cette bien pâle comédie que je trouve dénuée d’intérêt.

Laissons de coté ces personnages égoïstes et sans cœur jouer leur mauvaise pièce de boulevard.

Et dans ma tête toujours cette cerise, pourquoi une cerise ? Là est la question !

Shakespearien non !

Je m’intéresse donc à la partie la plus obscure de la scène à cette petite rue annexe. JE quitte mon banc ; Descends les marches de cet immense escalier la descente s’avère très longue presqu’interminable, arrivé au bas de cet édifice je traverse la place des guignols sans même m’y attarder. Un pauvre chien efflanqué s’est mis à me suivre et toujours cette cerise qui m’obsède. Je découvre enfin la rue, non ! Pas une rue où l’on aime flâner au cours d’une promenade, mais une ruelle macabre, glauque, une atmosphère lourde y règne. Dans celle-ci, déambule une foule hétéroclite, aussi bruyante que bigarrée, un peu comme dans la médina, le souk, ou les quartiers pauvres de Rio.

De ce lieu émanent des odeurs mélangées, subtils et enivrants arômes d’épices, relent âcres de moisissures dues aux vieux bois des colombages, ou flagrances de déjections animales. Je m’aventure à descendre le long de cette intrigante venelle surpeuplée.

Endroit surprenant, de nombreux qualificatifs peuvent désigner cet endroit :

-« angoissant, funèbre, cafardeux, macabre ou sépulcral tant la lumière qui enveloppe ce lieu parait funeste ».Mais je m’y engage .Courageux ! Non mais plutôt curieux. Je marche un long moment, intrigué par ce qui se joue autour de moi. Je fais une halte, m’installe à la terrasse crasseuse d’un troquet sordide ; Le chien s’est couché à mes pieds, il ressemble à un de ces loups qui font peur aux enfants dans les contes.

Je commande un café, qui dès la première gorgée se révèle être un horrible breuvage, à l’image du bistrot.

Ma cerise ne m’a toujours pas quittée, aussi rouge qu’un rubis, elle semble être la seule à pouvoir donner un peu de couleur et d’espoir à ce décor tragique.

Pourtant je reste un long moment à regarder ce triste film ; Je le vis, je m’en imprègne tellement que le moment me prend aux tripes, me serre la gorge.

J’épie, j’observe cette marée humaine qui vient de je ne sais où et coule sur le pavé humide tel un torrent tumultueux qui déverse son flot, grondant en un bruit sourd et inquiétant. Où va-t-elle cette vague triste et accablée ?

Je ne sens en ces personnages, que résignation. Ont-ils perdu leurs espoirs ?

Il n’y a en eux aucun esprit de révolte ; ils se déplacent tels des automates, ils récitent leurs textes sans âmes ni passions.

Heureusement ! Cerise illumine les planches de cette morne taverne.

Un homme pourtant attire mon attention, il se détache des autres, un être rougeaud, à l’air patibulaire et sérieusement aviné ; Il maugrée des sons gutturaux dans sa barbe hirsute, profère des paroles inaudibles vers dès gens qui ne l’entendent même pas. Il vient s’asseoir tout prés de moi sur le seuil d’une porte, cela dérange le chien qui émet un grognement le faisant encore plus ressembler à un loup. L’individu tire de sa boite un vieil accordéon auquel il manque des touches. Le pauvre hère se met à jouer des rengaines, entrecoupées de fausses notes et d’ autant de jurons calomnieux, chaque fois que ses doigts perclus par l’arthrose sortent un couac du clavier.

Un peu de gaieté dans ce sinistre tableau, longtemps je l’ai écouté, chaque fois Heureux pour lui, lorsqu’une pièce en tombant fait tinter sa timbale, bosselée par le temps et les chocs, posée à même le sol.

Cela me met du baume au cœur.

« Cerise » ma compagne est toujours là, elle me hante, m’ensorcèle. Envoutants instants.

Le flot de la foule diminue peu à peu, cependant je ne m’autorise pas à quitter ce lieu qui me fascine.

Petit à petit l’obscurité envahit la rue qui apparaît de plus en plus maléfique, diabolique, féerique. Elle ressemble de plus en plus à un coupe gorge.

La musique a cessé, l’accordéon s’est tu. Je vois le clochard ranger son instrument dans son étui, tout en titubant, le vieillard se dirige vers un panneau publicitaire vantant un quelconque produit et là sans aucune pudeur, il déboutonne son pantalon puis se soulage abondamment, inondant de son urine, autant ses vieux souliers que le pavé déjà glissant. Il disparait dans le noir, non sans grommeler des obscénités envers une femme que je n’avais pas encore remarquée, une catin aux allures provocantes qui attend un client en faisant les cent pas.

L’atmosphère devient lourde, le décor change. La foule qui a circulée toute la journée laisse place à des personnages plus inquiétants, plus fantomatiques.

Le chien, ou dois je dire le loup ! Tant il devient nerveux ressent le changement.

Au milieu de ces ombres suspectes, mon attention s’arrête sur un gamin aux cheveux bouclés, il est assis par terre, camouflé dans un recoin. Je croise un bref instant son regard, la couleur de ses yeux me surprend ; Ils sont d’un bleu intense et pourtant aucune lumière ne s’en dégage. Une grande tristesse semble l’habiter, il est anxieux, terrorisé, il est ailleurs, dans un autre monde. Il fait encore plus sombre, la nuit est tombée. L’inquiétude me gagne, je sens monter en moi comme un malaise, un frisson me parcourt le dos. Je n’arrive toujours pas à m’en aller. Je m’attarde à contempler ce lugubre spectacle, les acteurs de la pièce ont changé. Le scénario aussi. Les derniers actes s’annoncent plus agressifs, plus belliqueux, les interprètes entretiennent un suspens machiavélique.

Cerise, est toujours là, que fait-elle dans un tel récit ?

Le chien s’en est allé, je ne sais ou ?

Détournant les yeux vers une porte cochère, située sous un porche sinistre et sale J’aperçois la femme insultée par le vieux mendiant, une ombre massive l’a plaquée au mur ; L’on entrevoit dans l’obscurité les taches blanches de son corps dénudé, l’homme fouille avidement, cherchant à atteindre ses parties les plus intimes et secrètes. Il est difficile de s’avilir pour quelques sous ; Mais quand on n’a pas d’autre possibilité pour vivre, on passe au-delà de la honte.

Et je n’ai pas le droit de juger.

L’air devient irrespirable, la rue plus macabre, les acteurs jouent dans un registre pas très recommandable.

Je vais quitter ce lieu funeste quand un panier m’attire l’œil et dans cette corbeille, des cerises ! J’en prends une poignée en sortant de mon observatoire, je traverse la rue, et les dépose dans la main du môme aux yeux si clairs. Il y a d’abord de sa part un mouvement de recul. Puis un semblant de flamme, une étincelle scintille dans le fond de ses pupilles si bleus. Un sourire éclaire son visage ; il porte un fruit à sa bouche, un filet rouge coule à la commissure de ses lèvres. Un rictus remplace le joli sourire, sa tête penche soudain vers l’arrière et je constate avec effroi que ce que je croyais être du jus de cerise, n’est rien d’autre que du sang. La flamme de ses yeux n’a durée que l’espace d’une seconde, je l’ai vue s’éteindre comme une bougie qui finit de se consumer.

Il vient d’être emporté par une de ces maladies dues à la malnutrition.

Il est dur de survivre seul dehors.

Cruelle vérité !

La rumeur monte, les bruits et les coups semblent jaillir de tous les coins de cette impasse ; La violence de ce dernier acte me fait froid dans le dos.

C’est à cet instant que je suis tiré de ma léthargie par un bruit de voisinage.

Je me retrouve devant ma feuille blanche, je me surprends à essuyer une larme qui me coule sur la joue. Que de tristesse dans ce songe !

Ai-je vraiment rêvé ? N’y a-t-il pas une part de vérité ?

Suis-je un idéaliste ? Peut être !

Conclusion : Je suis revenu de la rue des délaissés de la vie.

Il y aura toujours, la classe du haut, la classe du bas.

L’une aveugle et égoïste.

L’autre soumise et résignée.

Moralité : si nous n’attendions pas le dernier instant pour donner quelques cerises à des mômes, peu être verrions nous les yeux, de certains enfants délaissés, pétillés de bonheur plus souvent.

L’argent n’a de la valeur que si l’on veut bien lui en donner. Tandis qu’un geste offert du fond du cœur n’a pas de prix.

Je ne suis pas le Christ mais je suis prêt à verser mon sang pour la vie d’un enfant. Il est possible que je ne sois à vos yeux qu’un rêveur sénile. Mais je vous en prie, du fond de mon âme, lorsque vous aurez lu ce texte, si vous croisez un

Enfant de la rue .Tendez lui une cerise afin que la chaleur des prunelles de ses yeux qu’ils soient noirs ou bleus, et son pâle sourire vous réchauffent le cœur.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article